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Les facteurs socio-économiques font que les solutions technologiques telles que le génie génétique ne contribuent pas nécessairement à une utilisation plus respectueuse des ressources. (Image : Ilham Wicaksono, Unsplash)

IUCN/Marcus Rose/Workers Photos

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Une étude publiée en avril 2025 par des chercheurs américains conclut que l’utilisation de semences génétiquement modifiées (GM) entraîne, à long terme, une augmentation de l’usage des pesticides. L’analyse repose sur des données couvrant 30 ans concernant des cultures GM tolérantes aux herbicides (soja, maïs, colza), complétées par une étude de cas empirique sur le coton Bt1 en Inde.

Une baisse initiale suivie d’une hausse durable

Si les cultures GM ont permis, dans un premier temps, d’améliorer l’efficacité et de réduire l’utilisation de pesticides, ces effets ne se maintiennent pas à long terme. L’étude ne met en évidence ni diminution durable de l’usage des pesticides ni reconversion des terres vers des usages non agricoles. Au contraire, elle observe une extension des surfaces cultivées et une augmentation de l’emploi de pesticides, y compris de substances dont l’utilisation était censée diminuer grâce aux plantes GM.

Des dynamiques similaires en Inde et aux États-Unis

En Inde, l’introduction du coton Bt a d’abord permis de réduire l’usage d’insecticides et les coûts de production. Cependant, cet effet s’est rapidement inversé. En 2018, les dépenses en pesticides des producteurs de coton dépassaient de 37 % le niveau record de 2001, antérieur au coton Bt. Cette évolution s’explique notamment par l’apparition de résistances chez les ravageurs ciblés, la prolifération de ravageurs secondaires, ainsi que par l’expansion des monocultures de coton, fortement consommatrices de ressources (terre, eau, engrais).

Aux États-Unis, un schéma comparable a été observé avec les cultures GM tolérantes aux herbicides. L’usage du glyphosate, initialement économique et efficace, s’est généralisé à grande échelle. La proportion de champs de soja traités au glyphosate est passée de 15 % en 1994 à 87 % en 2018. L’émergence de mauvaises herbes résistantes a conduit au développement de nouvelles plantes GM tolérantes à des herbicides plus toxiques, entraînant une augmentation globale de l’utilisation d’herbicides.

Le paradoxe de Jevons et le « piège de l’efficacité »

Les auteurs interprètent ces résultats à la lumière du paradoxe de Jevons, selon lequel les gains d’efficacité technologique conduisent, dans des systèmes complexes, à une augmentation globale de l’utilisation des ressources. En agriculture, les innovations technologiques ne peuvent être dissociées de leurs effets sur les dynamiques économiques, écologiques et sociales. Les gains initiaux d’efficacité favorisent l’intensification et l’expansion des cultures, ce qui annule à terme les bénéfices attendus et conduit à une hausse des coûts et des intrants, notamment des pesticides. Ce mécanisme est qualifié de « piège de l’efficacité agricole ».

Nouvelles techniques génétiques, problèmes persistants

Les nouvelles techniques génétiques (NTG) se concentrent fréquemment sur des caractères de tolérance aux pesticides, techniquement plus simples à obtenir. Or, leurs effets systémiques ne diffèrent pas fondamentalement de ceux des anciennes techniques de génie génétique. Une pression de sélection accrue favorise également le développement de résistances chez les ravageurs et les adventices, avec des conséquences comparables sur l’usage des pesticides et sur les plans socio-économique et environnemental.

Vers une approche systémique de l’agriculture

Les auteurs soulignent la nécessité d’une approche holistique pour transformer durablement les systèmes agricoles. L’évaluation isolée des innovations technologiques est insuffisante : seules des analyses intégrant les dimensions sociales, écologiques, économiques et politiques permettent d’en appréhender les effets réels. À long terme, la stabilité, la diversification et la résilience des agroécosystèmes apparaissent plus pertinentes que la recherche de gains d’efficacité à court terme fondés sur des solutions technologiques.

 

Sources :

https://gmwatch.org/en/106-news/latest-news/20553-gm-crops-fuel-rise-in-pesticide-use-despite-early-promises-study-shows

Flachs, A., Stone, G. D., Hallett, S., & Kranthi, K. R. (2025). Les cultures génétiquement modifiées et le paradoxe de Jevons : innovation induite, effets systémiques et augmentation nette de l'utilisation de pesticides due aux cultures à faible teneur en pesticides. Journal of Agrarian Change, https://www.researchgate.net/publication/390797835_GM_Crops_and_the_Jevons_Paradox_Induced_Innovation_Systemic_Effects_and_Net_Pesticide_Increases_From_Pesticide-Decreasing_Crops

 

1 « Coton Bt »

Le coton Bt est une variété de coton génétiquement modifié. Un gène de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt), qui produit une toxine, a été introduit dans la plante de coton. Ce poison est censé tuer les larves du ver de la capsule du coton qui rongent la plante. Cependant, le ver de la capsule du coton est désormais résistant à cette toxine dans de nombreuses régions.