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(Image : LID Mediaportal)

IUCN/Marcus Rose/Workers Photos

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Agroscope a déposé une demande pour un nouvel essai de dissémination de lignées de pommes de terre génétiquement modifiées. Il s’agit plus précisément de la lignée cisgénique P49-27, développée à l’aide de techniques classiques de génie génétique (cisgenèse). Cet essai s’inscrit dans le cadre du projet « CRISPS : Editing Sustainable and Innovative Potatoes for Switzerland », rattaché au Programme national de recherche PNR 84.

Un essai comparable avait déjà été autorisé en 2016 avec la lignée H49-13p (demande B/CH/16/01 [B16001]). Les deux lignées contiennent le gène de résistance Rpi-chc1. La nouvelle variante se distingue toutefois par la variété de départ utilisée – désormais la variété industrielle « Innovator » – ainsi que par le site d’insertion du gène dans le génome.

L’Alliance suisse pour une agriculture sans génie génétique (ASGG) porte un regard critique sur cette demande. Dans sa prise de position, elle estime que cet essai coûteux ne répond ni aux besoins de la population suisse ni aux exigences d’une production agricole durable. Selon elle, les fonds publics devraient prioritairement soutenir la sélection sans OGM ainsi que la promotion et la commercialisation de variétés adaptées, afin de renforcer la diversification, la durabilité et l’acceptation sociale.

Une utilité contestée pour l’agriculture suisse

La variété « Innovator », destinée principalement à la transformation industrielle (notamment en frites), présente des besoins élevés en azote. Elle apparaît peu représentative d’une agriculture suisse diversifiée et respectueuse des ressources. Son intérêt pour la production locale reste donc incertain, d’autant plus que des variétés résistantes aux maladies issues de la sélection conventionnelle sont déjà disponibles.

Par ailleurs, l’existence de conflits d’intérêts potentiels, combinée à un brevet sur le gène introduit, laisse penser que ces essais pourraient viser avant tout un développement futur du marché à l’échelle européenne. Cette impression est renforcée par la faible acceptation du génie génétique en Suisse et par le débat toujours en cours autour de la « loi spéciale » consacrée aux nouvelles techniques génétiques.

Comparabilité contestée et incertitudes persistantes

La demande est examinée dans le cadre d’une procédure simplifiée, fondée sur la comparaison avec des essais antérieurs jugés « similaires ». Cette approche soulève toutefois des objections sur le plan scientifique : la nouvelle lignée repose sur une variété différente, et le cisgène est inséré à un autre emplacement du génome.

Or, le site d’insertion et le contexte génomique jouent un rôle déterminant dans l’expression des gènes, leurs interactions et l’apparition éventuelle d’effets indésirables. Les événements d’insertion sont en effet dépendants de la position, et le processus de transformation peut entraîner des modifications génétiques supplémentaires.

Le rôle de la variété dans les futures réglementations demeure également incertain. La compatibilité revendiquée avec une éventuelle définition des nouvelles techniques génomiques de catégorie 1 de l’Union européenne reste hypothétique, le cadre réglementaire n’étant ni finalisé ni en vigueur. En Suisse aussi, une réorientation de la législation est encore en discussion. Si, à l’avenir, le gène de résistance introduit via la bactérie Agrobacterium devait être intégré à l’aide de CRISPR, la question de la comparabilité se poserait à nouveau.

Enfin, selon l’ASGG, la demande comporte des lacunes, notamment en ce qui concerne les distances de sécurité prévues. Ces éléments devraient impérativement être clarifiés avant toute éventuelle autorisation.