160825pappelnEn Suède, il est prévu pour la première fois de disséminer des arbres manipulés avec les nouvelles techniques de modification génétique. Photo : AnRo0002

En Chine, aux Etats-Unis et en Suède, le procédé CRISPR est désormais appliqué aussi aux arbres forestiers. Selon Testbiotech, de premières demandes ont été déposées en Suède en vue de la dissémination de peupliers dont le génome présente plusieurs modifications touchant notamment la floraison, la croissance ainsi que le développement des branches, des feuilles et des racines. L’objectif est de créer des arbres à l’apparence nettement changée.

Jusqu’ici, l’UE n’a pas encore édicté de règles claires concernant l’importation et la dissémination de tels végétaux et animaux. « L’attitude hésitante de la Commission européenne risque de nous faire perdre le contrôle sur les disséminations d’OGM et leur importation. Il se pourrait bien que l’importation de plantes et d’animaux GM non étiquetés en provenance des Etats-Unis et de Chine soit d’ores et déjà une réalité. Les entreprises et les instituts de recherche européens pourraient en outre se sentir encouragés à diffuser ou à vendre de tels organismes sans autorisation », commente Christoph Then de Testbiotech. « Les arbres forestiers génétiquement modifiés constituent un risque particulier pour la diversité biologique, l’ADN artificiel pouvant se propager dans les écosystèmes fragiles », explique encore Christoph Then.

Les arbres forestiers sont en interaction constante avec leur environnement par le biais des mycorhizes, des insectes, des animaux sauvages et d’autres espèces végétales, autant de vecteurs susceptibles de diffuser le patrimoine génétique artificiellement modifié dans l’environnement. A la différence de plantes utiles comme le maïs ou le colza, le peuplier a une longue durée de vie. Du moment que les arbres transgéniques entrent en contact avec la population naturelle, il faut s’attendre à des croisements assortis de répercussions irréversibles sur le fonctionnement des écosystèmes.

La Commission européenne avait déjà annoncé la réglementation des nouvelles techniques de modification génétique pour fin 2015 ; la décision a toutefois été reportée à plusieurs reprises sans indication de date. D’après certains observateurs à Bruxelles, les négociations sur les traités de libre-échange TAFTA et CETA ne sont pas étrangers à cet état de fait. Aux Etats-Unis, il est d’ores et déjà possible de disséminer des plantes transgéniques sans règles claires quant à l’impact environnemental. L’accord de libre-échange pourrait entraîner une harmonisation des prescriptions en matière d’OGM entre l’UE, les Etats-Unis et le Canada, avec à la clé un affaiblissement considérable du principe de précaution tel que le pratique l’Europe.