28.07.2015 | Disséminations expérimentales

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Oxitec veut lâcher jusqu’à 5000 mouches transgéniques par semaine près de Tarragone. Photo : Alvesgaspar

La société britannique Oxitec, une start-up britannique, liée à l’Université d’Oxford et à la multinationale Syngenta, a demandé une autorisation  pour la dissémination expérimentale de mouches de l’olivier (Bactrocera oleae) transgéniques en Espagne. Chaque année, les dégâts causés par ce petit insecte de quelques millimètres sont importants, et les pertes annuelles estimées à plus de 700 millions d’euros. La mouche pond ses œufs directement dans les fruits. Quand la larve se développe, la pulpe se dégrade et s’oxyde au contact de l’air, puis les fruits tombent.

Les mouches Oxitec sont porteuses d’ADN synthétique combinant l’ADN d’organismes marins, de bactéries, de virus et d’autres insectes.Les insectes modifiés possèdent un construit transgénique qui cause la production d’une protéine toxique qui tue l’insecte. Les mâles transgéniques s’accouple avec les femelles sauvages et les larves meurent.

Une large coalition d’organisations environnementales et agricoles émanant principalement du bassin méditerranéen a exigé que la dissémination de ces mouches soit complètement interdite. L’essai recouvert d’un filet devait avoir lieu dans un terrain de 1000m2 proche de Tarragone en 2015. Les autorités catalanes, sans doute sous la pression de la société civile, n’ont pas donné leur accord à cet essai car il « ne peut garantir le confinement » de ces mouches transgéniques. La demande a finalement été retirée par Oxitec qui en est a sa deuxième tentative depuis 2013.

Si les mouches venaient à s’échapper de la zone de test, elles pourraient se propager sans aucun contrôle et contaminer les cultures bio qui seraient déclassées.  En Espagne, la production bio est en forte croissance et représente près de 24% de la surface cultivée.
Si la stratégie d’Oxitec s’avérait efficace, elle pourrait favoriser le développement d’autres parasites, considérés actuellement comme moins problématiques, à l’instar de la teigne de l’olive (Prays oleae) ou de la cochenille noire de l’olivier (Saissetia oleae). Ce phénomène de remplacement d’une niche écologique laissée vide est bien connu.

Enfin, étant donné que la mouche transgénique n’empêche pas la ponte de larves dans le fruit, elle ne permet pas d’éviter les pertes à la récolte. La stratégie vise à réduire les populations de mouches, donc les attaques futures, mais pendant combien de temps et combien de mouches faudra-t-il lâcher pour que cette réduction soit visible ? Et à quel coût ? Et qu’en est-il de la larve transgénique qui se trouve dans l’olive ? Aucune étude ne renseigne sur les risques sanitaires.

En ce qui concerne les causes de l’invasion, toujours les mêmes : l’appauvrissement des écosystèmes et de la biodiversité: monoculture de l’olivier,  désherbage autour des arbres avec des herbicides, laissant une terre à nue, détruisant les niches alimentaires et écologiques de la faune, fragilisant alors les équilibres toujours précaires et complexes. Les solutions ? un retour aux pratiques diversifiées et à l’agroécologie.