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Le moustique Aedes aegypti est la première espèce sauvage à faire l'objet d’une élimination par forçage génétique

La libération dans l’environnement de milliards de moustiques modifiés génétiquement aurait dû mener, grâce au forçage génétique, à la disparition de 90% des moustiques tigres dans les zones tropicales. L’idée est de protéger les populations humaines des moustiques femelles de l'espèce Aedes aegypti, vecteurs de la fièvre dengue, du virus zika et du chikungunya. Un rapport de l’organisation britannique GeneWatch UK révèle qu’une réduction suffisante du nombre de moustiques de l'espèce Aedes aegypti n’a pas été atteinte aux îles Caïmans. L’abandon de cette technologie a aussi été décidé au Panama et en Malaisie, officiellement en raison des coûts trop élevés. La crédibilité et la rentabilité de la société Oxitec, qui produit les moustiques GM, est remise en cause.

Les insectes génétiquement modifiés et la technologie du forçage génétique sont au cœur des activités d’Oxitec, une société britannique de biotechnologie, dérivée de l'Université d'Oxford. Cette société a récemment été achetée par Intrexon, une société américaine qui regroupe la société AquaBounty, produisant les premiers saumons génétiquement modifiés autorisé à la vente, et la société Okanagan Specialty Fruits, détentrice de brevets sur des pommes génétiquement modifiées sur le chemin de commercialisation aux États-Unis. 

Le forçage génétique a été développé pour modifier la génétique des populations naturelles mais elle plutôt utilisée pour décimer certaines espèces, par exemple, en forçant la transmission de gènes létaux d’une génération à l’autre. Dans le cas des moustiques tigres, les gènes synthétiques insérés dans le génome des moustiques mâles provoquent la mort des femelles au stade larvaire mais se propagent automatiquement à la prochaine génération de moustiques mâles. Donc, la progéniture femelle des moustiques GM meure et la progéniture mâle des moustiques GM survit et propage le gène létal. À terme, ceci peut provoquer l’effondrement de la population totale et la disparition de l’espèce si suffisamment de moustiques mâles GM sont relâchés. Du moins en théorie…

Deux conditions sont essentielles pour que cela marche en pratique. Premièrement, seuls des moustiques GM mâles devraient être relâchés et non des femelles, vecteurs de maladies. Une séparation rigoureuse des moustiques GM mâles et femelles, après multiplication dans d’immenses incubateurs, est donc essentielle. Deuxièmement, des moustiques GM doivent être relâchés de manière répétée dans le but de maintenir le nombre de moustiques femelles, à un faible niveau. En décidant de réduire la population de moustiques par cette technologie, les autorités sanitaires des pays tropicaux s’engagent à effectuer des paiements répétés pour assurer des lâchers continus de moustiques GM, ce qui représente la base du plan commercial d’Oxitec.

L'organisation britannique GeneWatch UK a publié un rapport de l'autorité de surveillance et des courriels internes des administrations compétentes des îles Caïmans. Ces documents montrent que le nombre de moustiques femelles a augmenté au cours des deux dernières années. Les autorités doutent de l’efficacité du système de triage des moustiques, ce qui aboutit au relâchement de nombreux moustiques femelles. Lors d’essais de libération dans l’environnement aux îles Caïmans, Oxitec n'a pas atteint une réduction suffisante du nombre de moustiques tigres. Le plan initial visant à étendre le projet pilote aux îles Caïmans a été abandonné.

Bien qu’Oxitec a affirmé à plusieurs reprises que ses expériences ont été couronnées de succès et ont permis de réduire de plus de 90 % la population de moustiques de l'espèce Aedes aegypti, une enquête de GeneWatch UK montre qu’aucune preuve n’a été publiée à ce jour démontrant un lien direct entre les lâchers de moustiques GM dans l’environnement et une diminution du nombre de moustiques femelles ou une diminution du nombre des infections. Ces contradictions remettent en cause à la crédibilité de l’entreprise britannique.

Les coûts de la technologie d'Oxitec suscitent également de vives inquiétudes. Il est prouvé que l'entreprise souffre de problèmes de production dus, par exemple, à des moisissures dans ses installations d'élevage de moustiques, ce qui augmente les coûts de production. L’abandon de cette technologie a été décidé au Panama et en Malaisie, principalement en raison des coûts trop élevés.

La récente enquête de GeneWatch UK souligne également que les risques associés à l’utilisation de moustiques GM n’ont pas été étudiés. Par exemple, l'utilisation d'une souche non indigène de moustiques conduit à l’introduction de nouveaux caractères dans la population de moustiques sauvages qui pourraient augmenter la transmission de maladie. En outre, l'essai aux îles Caîmans a montré que la diminution de 62% de la population de moustiques de l’espèce Aedes aegypti a entraîné une augmentation du nombre de moustiques de l’espèce Aedes albopictus qui transmet également les virus du chikungunya et de la dengue.